Taï-Pan, de James Clavell : quand un roman devient un film intérieur

Après avoir regardé la superbe série Shōgun, j’ai eu envie de découvrir James Clavell. Quelques semaines plus tard, les deux tomes de Taï-Pan m’attendaient au pied du sapin. Vous savez, un de ces cadeaux de Noël qui tombe à point nommé.

James Clavell, écrivain australien et scénariste, possède une manière très particulière de raconter une histoire. Cela se ressent à chaque page dans la description des décors, la justesse des dialogues, et dans son jeu avec les cliffhangers qui poussent à tourner la page suivante.

J’éprouve le même plaisir de lecture chez Michael McDowell ou Valérie Perrin, dont j’attends d’ailleurs avec impatience l’adaptation de Changer l’eau des fleurs, prévue en fin d’année, avec Leïla Bekhti dans le rôle principal. Cette façon d’écrire me parle profondément.

Lorsque j’écris, je ne vois pas des mots. Je vois les lieux. J’entends les voix. Je sens les odeurs. Je goûte les saveurs. Je ressens les matières et l’espace. J’entre dans le décor comme si j’y étais. Les scènes se déroulent devant moi avant même d’être écrites. Je n’ai jamais l’impression d’écrire un roman ; j’ai le sentiment de vivre un film que je retranscris.

Au-delà de son adaptation télévisée, Taï-Pan m’a surtout fait découvrir une période historique que je connaissais très mal : les comptoirs commerciaux de la Chine du XIXᵉ siècle, les rivalités entre puissances occidentales, le commerce de l’opium et de la soie, la naissance de Hong Kong et les immenses enjeux économiques qui redessinaient alors une partie du monde.

J’ai souri plus d’une fois en parcourant ces pages. Mila, l’un des personnages principaux des Préternaturels, vit à Hong Kong. En imaginant son parcours, je connaissais la ville contemporaine. Taï-Pan m’a permis d’en découvrir les fondations, l’histoire de sa naissance et les hommes qui l’ont façonnée. Une manière inattendue de revenir aux sources d’un lieu qui occupe déjà une place importante dans mon imaginaire.

Mais ce n’est pas ce qui m’a le plus marqué dans ce roman. J’y ai surtout vécu une histoire de passions, de fidélité, de sacrifices et d’amour.

Le Taï-Pan est bien davantage qu’un chef d’entreprise ou un négociant. Il incarne une certaine idée du commandement : l’intégrité, la stratégie, la capacité à décider, mais aussi l’attachement à ceux qui l’entourent. Il inspire autant qu’il dirige. C’est un personnage complexe, parfois dur, souvent visionnaire, profondément humain.

En ce qui me concerne, ce sont ces personnages-là qui restent en mémoire longtemps après avoir refermé le livre. Et c’est sans doute pour cela que j’aime tant lire, non pas pour accumuler des histoires mais pour rencontrer des femmes et des hommes qui continuent de nous accompagner bien après la dernière page.

Ce qui traverse.

Michel MATHIAS

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