L’écriture du troisième tome des Préternaturels avance régulièrement.
Je viens de franchir une étape importante : quinze chapitres rédigés, soit un peu plus d’une centaine de pages. Cela représente environ un tiers du manuscrit.
Chaque tome de la saga est associé à un élément.
Le premier, Le Réveil de la Terre, explorait la matière, le visible, le tangible. Il parlait de notre rapport au réel, à l’histoire, aux lieux, aux événements et aux expériences qui façonnent nos vies. La Terre est ce que nous pouvons toucher. Ce qui résiste sous nos pieds. Ce qui demeure.
Le deuxième tome était placé sous le signe de l’Eau. L’histoire s’enfonçait davantage dans les émotions, les souvenirs et la mémoire. Une mémoire individuelle bien sûr, mais aussi une mémoire plus vaste, presque vivante. Pour l’écrire, je me suis beaucoup interrogé sur cette idée présente dans de nombreuses traditions : l’existence d’une immense bibliothèque de la mémoire. Certains la nomment les annales akashiques. D’autres utilisent des termes différents. Peu importe finalement le vocabulaire. Ce qui m’intéressait était l’image.
J’imaginais une bibliothèque infinie dont les rayonnages contiendraient non seulement l’histoire de l’humanité, mais également celle des animaux, des forêts, des océans, des civilisations disparues et peut-être même celle des futurs possibles.
Une bibliothèque vivante. Une bibliothèque dont chacun de nous écrirait chaque jour quelques lignes supplémentaires sans en avoir conscience.
L’Air me confronte aujourd’hui à une difficulté différente.
Comment écrire ce qui ne se voit pas ?
Comment raconter un élément qui n’a ni de forme stable ni de frontière ? Nous ne voyons pas le vent mais nous voyons les arbres qui plient. Nous n’entendons pas l’air mais nous entendons la branche qui craque ou la voile qui se gonfle.
L’Air se manifeste toujours à travers autre chose que lui-même.
C’est précisément le cœur de ce troisième tome.
Il sera question de voyages dans le temps, de mondes parallèles, de lignes temporelles qui se croisent ou se séparent. Les personnages devront apprendre à communiquer à travers les époques, à écouter les échos laissés par ceux qui les ont précédés et à percevoir les traces de ceux qui viendront après eux.
Le vent, la voix, le chant, le souffle et les vibrations deviennent alors des passerelles.
Mais derrière ces thèmes se cache une interrogation plus profonde.
Comment percevoir ce qui existe sans être visible ?
Notre époque valorise énormément ce qui se mesure, se photographie ou se démontre. Pourtant, certaines réalités essentielles échappent à nos sens. L’amour, l’intuition, la mémoire, l’inspiration ou la conscience elle-même demeurent difficiles à saisir alors que leurs effets sont bien réels.
L’Air représente pour moi cet espace particulier.
Un lieu de passage.
Un espace de circulation.
Un lien invisible entre les êtres, les époques et les mondes.
C’est probablement la raison pour laquelle ce tome me demande davantage de travail que les précédents. Il exige moins de descriptions et davantage de subtilité. Moins de matière et plus de mouvement intérieur.
Si je devais donner un conseil aux auteurs débutants, ce serait celui-ci : lorsque vous abordez un thème difficile, ne cherchez pas à le simplifier à tout prix.
Acceptez qu’il vous résiste.
Les sujets les plus exigeants sont souvent ceux qui nous obligent à progresser comme écrivains.
Depuis plusieurs mois, l’Air me résiste.
Je prends cela comme un bon signe.
Car les histoires qui comptent vraiment sont souvent celles qui continuent à nous apprendre quelque chose pendant que nous les écrivons.
Ce qui traverse.
Michel MATHIAS


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