Lorsqu’on me demande combien de temps il faut pour écrire un roman, je réponds souvent que la question est incomplète car écrire un premier jet est une chose mais réécrire en est une autre.
Dans le cas du tome 1 « Le Réveil de la Terre » – Les Préternaturels, deux grandes vagues de réécriture se sont déjà succédé, et une troisième a commencé. Avec le recul, je crois même que la réécriture représente davantage de temps que l’écriture elle-même.
La première étape a été celle des bêta-lecteurs.
Je conseille souvent aux auteurs débutants de constituer un petit groupe de lecteurs de confiance, et pas forcément des proches ni des spécialistes de littérature non plus. L’idéal est un mélange de profils : quelques passionnés de lecture, éventuellement une personne familière du monde de l’édition et surtout des lecteurs capables d’être sincères.
Inutile d’être trop nombreux. Cinq à sept personnes me semblent largement suffisantes pour un premier roman. Aujourd’hui, mon propre groupe s’est naturellement réduit à trois lecteurs fidèles.
Recevoir leurs remarques n’est jamais un exercice confortable.
Lorsque vous avez passé plusieurs centaines d’heures à construire un univers, à peaufiner des personnages ou à chercher le mot juste, la moindre critique peut parfois sembler disproportionnée. Pourtant, c’est un passage obligé. Il faut apprendre à accueillir les remarques avec humilité, humour et distance.
Certaines critiques sont extrêmement pertinentes mais d’autres beaucoup moins. L’expérience consiste à distinguer les unes des autres.
La deuxième grande réécriture est arrivée par l’intermédiaire d’une éditrice qui avait relu mon manuscrit dans le cadre d’un service proposé par Librinova.
Son diagnostic tenait en deux mots : « info-dump ».
J’avais vaguement compris ce qu’elle voulait dire. J’ai acquiescé poliment avant d’aller vérifier la définition exacte. J’ai alors découvert un travers fréquent chez les auteurs de l’imaginaire qui consiste à vouloir tout expliquer.
Lorsqu’on passe des mois à construire un univers, on a naturellement envie de partager chaque détail avec le lecteur. Le problème est que le lecteur, lui, n’a pas besoin de tout savoir immédiatement.
J’ai donc déplacé une partie de ces informations vers les glossaires et les annexes. Le résultat fut spectaculaire : le premier tome est passé d’environ 420 pages à 320 pages.
Je ne vous cache pas que certaines suppressions ont été douloureuses.
Mais le roman y a gagné en rythme, en lisibilité et en efficacité.
La troisième vague de réécriture concerne actuellement le temps du récit.
Le premier tome avait été écrit au présent. À l’époque, je souhaitais créer une sensation d’immédiateté, comme si les événements se déroulaient sous les yeux du lecteur. Les tomes suivants, eux, ont été écrits au passé.
Avec le recul, je constate que le passé simple et l’imparfait offrent davantage de souplesse. Ils allègent la lecture et donnent au récit une profondeur particulière, comme si l’histoire avait réellement eu lieu quelque part dans notre mémoire collective.
Je vais donc entreprendre ce travail de conversion sur l’ensemble du premier tome. Un chantier conséquent.
Si je devais retenir une seule leçon de ces années de travail, ce serait celle-ci : écrire, ce n’est pas seulement ajouter des mots mais c’est aussi apprendre à en retirer. Le bon manuscrit n’est pas forcément celui qui contient le plus d’idées, le plus de descriptions ou le plus d’explications. C’est souvent celui qui conserve uniquement ce dont le lecteur a besoin pour avancer.
Mais le reste n’est jamais perdu. Il demeure dans les carnets de notes, les brouillons, les annexes ou simplement dans l’esprit de l’auteur. Il continue à soutenir le récit, comme les fondations invisibles d’une maison.
Le lecteur ne les voit pas. Mais elles sont pourtant indispensables.
Ce qui traverse.
Michel MATHIAS


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