Animal Kingdom

Je ne pensais pas m’attacher à eux. Une famille de criminels.

Vols, violence, drogue, manipulation. Rien qui, a priori, appelait mon adhésion. Et pourtant, en regardant Animal Kingdom, quelque chose a opéré. Une forme de glissement, très progressif voire insidieux.

La série, issue du film de David Michôd lui-même inspiré de la famille Pettingill, ne cherche pas à rendre ses personnages sympathiques. Non , elle fait autre chose et elle tente de les rendre compréhensibles. C’est une distinction essentielle. On n’adhère pas à leurs actes, on entre dans leurs logiques et leurs blessures du passé. Ils obéissent à un code de conduite mais cette loyauté est déformée. Et à partir de là, le regard change. Le jugement recule. On se fait attentif.

C’est précisément là que réside une leçon d’écriture.

1. L’attachement ne passe pas par la vertu

Un personnage n’a pas besoin d’être « bon » pour être intéressant. Il doit être cohérent, habité et lisible dans ses contradictions.

2. La faille comme point d’entrée

Chaque membre de la famille Cody est structuré par une fracture: besoin de reconnaissance, peur de l’abandon, loyauté toxique. Ce sont ces failles qui créent l’accroche, pas leurs actions.

3. Le spectateur comme complice passif

Plus la série avance, plus une tension apparaît : pourquoi est-ce que je continue à les suivre ? Cette zone grise est volontaire. Elle crée une implication émotionnelle plus forte que n’importe quelle identification classique.

4. Écrire contre l’évidence

Le réflexe serait de simplifier : héros vs antagonistes. Soit blanc soit noir. Non, ici, tout est brouillé. Et c’est ce brouillage qui produit de la densité.

Ce qui traverse

Michel MATHIAS

Laisser un commentaire

En savoir plus sur michelmathias.com

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture